Reading Homer’s Iliad feels like scrolling through TikTok
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Lire l’Iliade d’Homère donne l’impression de faire défiler TikTok

Reading Homer’s Iliad feels like scrolling through TikTok

Harsh Trivedi, Teaching Associate French, School of Languages, Arts and Societies., University of Sheffield

The Iliad does not unfold as a smooth, continuous narrative. Instead, it advances through a succession of micro-episodes.

L’Iliade ne se déroule pas comme un récit fluide et continu. Au lieu de cela, elle avance à travers une succession de micro-épisodes.

I first picked up The Iliad because the cloth-bound red cover, stamped with gold flames, was simply gorgeous. So much for not judging a book by its cover. The Penguin Classics edition sat on my shelf for months before I finally opened it. For years, the text had felt inaccessible, surrounded by a kind of academic gate-keeping that suggested it belonged more to specialists than to ordinary readers.

J’ai d’abord pris L’Iliade parce que la couverture rouge reliée de toile, estampillée de flammes dorées, était tout simplement magnifique. Voilà ce qu’il reste à dire sur le fait de ne pas juger un livre à sa couverture. L’édition Penguin Classics est restée sur ma bibliothèque pendant des mois avant que je ne l’ouvre enfin. Pendant des années, le texte m’avait semblé inaccessible, entouré d’une sorte de gardiennage académique qui suggérait qu’il appartenait davantage aux spécialistes qu’aux lecteurs ordinaires.

What I discovered, reading Peter Jones’s 2003 revision of E.V. Rieu’s translation, was something entirely different. The Iliad felt less like a distant monument and more like an experience uncannily close to the way we consume content today.

Ce que j’ai découvert en lisant la révision de 2003 de Peter Jones de la traduction d’E.V. Rieu, ce fut quelque chose de complètement différent. L’Iliade ressemblait moins à un monument lointain et plus à une expérience étrangement proche de la manière dont nous consommons du contenu aujourd’hui.

This is not an argument about how The Iliad was originally composed or performed. It is about what it feels like to read it now, as a modern reader shaped by the rhythms of TikTok videos, YouTube Shorts and Instagram Reels. Read this way, the poem resembles an infinite scroll, a relentless sequence of high-intensity scenes, each vivid, self-contained and quickly replaced by the next.

Il ne s’agit pas ici d’un débat sur la façon dont L’Iliade a été composé ou interprété à l’origine. Il s’agit de ce que cela fait de le lire maintenant, en tant que lecteur moderne façonné par les rythmes des vidéos TikTok, des YouTube Shorts et des Instagram Reels. Lû de cette manière, le poème ressemble à un défilement infini (infinite scroll) , une séquence incessante de scènes de haute intensité, chacune vivante, autonome et rapidement remplacée par la suivante.

Much of The Iliad does not unfold as a smooth, continuous narrative. Instead, it advances through a succession of micro-episodes. Around 5,500 of its roughly 15,000 lines are devoted to battle scenes, amounting to some 300 warrior encounters. In a typical sequence, a warrior, Greek or Trojan, enters the battlefield, delivers a blow, either kills his opponent or is killed, only for another to take his place.

Une grande partie de L’Iliade ne se déroule pas comme un récit fluide et continu. Au lieu de cela, il avance à travers une succession de micro-épisodes. Environ 5 500 de ses quelque 15 000 vers sont consacrés aux scènes de bataille, ce qui représente environ 300 rencontres de guerriers. Dans une séquence typique, un guerrier, grec ou troyen, entre sur le champ de bataille, assène un coup, tue son adversaire ou est lui-même tué, pour qu’un autre prenne sa place.

The pattern repeats consistently throughout the poem. The sustained psychological development, or even the outcome of the battle isn’t what’s important, but the immediate impact of each moment. In phrasing that is highly repetitive, the spears either hit or miss: “his spear did not leave his hand for nothing” or “leaves the hand for nothing”.

Le schéma se répète constamment tout au long du poème. Ce n’est pas le développement psychologique soutenu, ni même l’issue de la bataille qui est important, mais l’impact immédiat de chaque moment. Dans une formulation très répétitive, les lances frappent ou manquent: « sa lance ne quitta pas sa main pour rien » ou « quitte la main pour rien ».

This article is part of Rethinking the Classics. The stories in this series offer insightful new ways to think about and interpret classic books and artworks. This is the canon – with a twist.

Cet article fait partie de Rethinking the Classics. Les histoires de cette série offrent de nouvelles façons éclairantes d’envisager et d’interpréter des livres et des œuvres classiques. C’est le canon – avec une touche inattendue.

What ultimately sustains this rhythm is the similes. There are more than 300 in The Iliad and they transform even the most mundane actions into moments of heightened intensity. Consider an action as simple as Achilles arming for battle and picking up his shield:

Ce qui maintient finalement ce rythme, ce sont les comparaisons (similes) . Il y en a plus de 300 dans L’Iliade et elles transforment même les actions les plus banales en moments d’intensité accrue. Considérez une action aussi simple qu’Achille qui s’équipe pour la bataille et ramasse son bouclier:

Then he took up the great, heavy shield, whose brightness flashed into the distance like the moon’s. Like the gleam that sailors catch at sea from a fire burning on a lonely upland farm, when the winds drive them unwillingly from home over the teeming seas, such was the gleam that went up into the sky from Achilles’ ornamental shield.
Alors il prit le grand lourd bouclier, dont la clarté brillait au loin comme celle de la lune. Comme le reflet que les marins captent en mer d’un feu brûlant sur une ferme isolée des terres intérieures, lorsque les vents les emportent contre leur gré depuis chez eux sur les mers grouillantes, telle était la clarté qui monta dans le ciel du bouclier ornemental d’Achille.

Achilles’ action itself is simple. The simile expands it, slows it and transforms it into something immersive. It does not rush us into the following scene but tells us how to intensely experience what is happening.

L’action même d’Achille est simple. La comparaison l’étend, le ralentit et le transforme en quelque chose d’immersif. Elle ne nous précipite pas vers la scène suivante, mais nous apprend comment vivre intensément ce qui se passe.

For a modern reader, these similes function almost like the audio and editing layer in short-form video. Think of the typical short vertical videos that appear one after the other as you scroll through your social media feed.

Pour un lecteur moderne, ces comparaisons fonctionnent presque comme la couche audio et de montage des vidéos courtes. Pensez aux vidéos verticales courtes typiques qui apparaissent les unes après les autres lorsque vous faites défiler votre fil d’actualité sur les réseaux sociaux.

Take a fan edit from the TV show Peaky Blinders, for example. The protagonist Thomas Shelby places his cap on his head and lights a cigarette. The movement slows. The image freezes into a high-contrast still. It flickers into black and white for a beat, then snaps back into motion. The edit lingers a fraction longer than expected. All the while, The Arctic Monkeys song Do I Wanna Know? plays in the background. The gesture itself is simple, but the layering of sound and visual effects makes it feel charged, larger than it is.

Prenez par exemple un fan edit du feuilleton Peaky Blinders. Le protagoniste Thomas Shelby place sa casquette sur la tête et allume une cigarette. Le mouvement ralentit. L’image se fige en un plan fixe à contraste élevé. Elle clignote en noir et blanc pendant un instant, puis reprend son mouvement. Le montage s’attarde un peu plus longtemps que prévu. Pendant tout cela, la chanson Do I Wanna Know? des Arctic Monkeys joue en arrière-plan. Le geste lui-même est simple, mais le superposage du son et des effets visuels le rend chargé, plus grand qu’il ne l’est réellement.

Homer’s similes do something comparable. The action itself takes only a moment. The simile expands it, slows it, gives it weight. It does not tell us what happens next, but how to dwell in what has just happened. Then, just as quickly, the poem returns to the rush of battle.

Les comparaisons d’Homère font quelque chose de comparable. L’action elle-même ne prend qu’un instant. La comparaison l’étend, le ralentit, lui donne du poids. Elle ne nous dit pas ce qui va se passer ensuite, mais comment s’attarder sur ce qui vient de se passer. Puis, aussi rapidement, le poème revient à la frénésie de la bataille.

Achilles and Hector do battle in Troy (2004) , which was inspired by The Iliad.
Achille et Hector combattent à Troie (2004) , une œuvre inspirée par L’Iliade.

Each scene, then, becomes an affective unit, a self contained segment organised around a dominant emotion. Rage, humiliation, triumph and grief follow one another in rapid succession. When Achilles returns to battle, the violence escalates sharply. When Hector dies, the tone shifts into grief. Yet even these larger moments are embedded within a broader rhythm of constant turnover.

Lorsque Achille revient au combat, la violence s’intensifie brusquement. Lorsque Hector meurt, le ton bascule dans le deuil. Pourtant, même ces moments plus vastes sont intégrés dans un rythme plus large de renouvellement constant.

The poem sustains engagement through a sequence of emotional intensities rather than through a single, steadily developing storyline.

Le poème maintient l’engagement à travers une séquence d’intensités émotionnelles plutôt qu’à travers une seule intrigue en développement constant.

Why translation matters

Pourquoi la traduction est importante

The translation reinforces this effect. Peter Jones’s revision of E.V Rieu’s translation is notable for its bluntness. Gods and mortals alike speak in direct, sometimes shockingly modern terms.

La traduction renforce cet effet. La révision d’E.V Rieu par Peter Jones est remarquable par sa franchise. Dieux et mortels se parlent dans des termes directs, parfois choquants de modernité.

Zeus, disgruntled at Hera’s inclination to support the Greeks over the Trojans, tells her: “No one is more of a bitch than you are.”

Zeus, contrarié par l’inclination d’Héra à soutenir les Grecs plutôt que les Troyens, lui dit: « Personne n’est plus salope que toi. »

Helen, feeling guilty because of the destruction of war that happened because of her, says: “What a cold, evil-minded slut I am!” These lines carry a force that feels unmistakably contemporary. They function almost like the shock beats of short-form video, moments designed to seize attention before the narrative moves on.

Hélène, qui se sent coupable du désastre de guerre qu’elle a provoqué, déclare: « Quelle putain froide et maléfique je suis! » Ces lignes portent une force qui semble incontestablement contemporaine. Elles fonctionnent presque comme les pics de choc des vidéos courtes, des moments conçus pour capter l’attention avant que le récit ne progresse.

These insults are not buffered by politeness or distance. They feel immediate and sometimes uncomfortable. Because they appear within scenes that move quickly and relentlessly, they act as emotional spikes, intensifying the rhythm of impact and reset that structures the poem.

Ces insultes ne sont pas adoucies par la politesse ou la distance. Elles semblent immédiates et parfois inconfortables. Parce qu’elles apparaissent dans des scènes qui avancent rapidement et sans répit, elles agissent comme des pics émotionnels, intensifiant le rythme d’impact et de remise à zéro qui structurent le poème.

The comparison between The Iliad and modern short-form video content shows that the patterns we associate with contemporary media, like fragmentation, rapid turnover and the constant demand for attention, are not entirely new. They reflect something more fundamental about how humans process narrative and emotion.

La comparaison entre l’Iliade et les contenus vidéo courts modernes montre que les schémas que nous associons aux médias contemporains, tels que la fragmentation, le renouvellement rapide et la demande constante d’attention, ne sont pas entièrement nouveaux. Ils reflètent quelque chose de plus fondamental sur la manière dont les humains traitent le récit et l’émotion.

While The Iliad remains one of the most foundational works of western literature, shaping mythology, culture and education for centuries, it need not be reduced to a museum piece, admired at a distance simply because of that status. It can and must also be read as a book of the present, one that moves with our habits of attention rather than standing outside them.

Bien que l’Iliade reste l’un des ouvrages les plus fondamentaux de la littérature occidentale, façonnant la mythologie, la culture et l’éducation pendant des siècles, il ne doit pas être réduit à une pièce de musée, admirée de loin simplement en raison de ce statut. Il peut et doit également être lu comme un livre du présent, qui évolue avec nos habitudes d’attention plutôt que de se tenir en dehors d’elles.

Beyond the canon

Au-delà du canon

As part of the Rethinking the Classics series, we’re asking our experts to recommend a book or artwork that tackles similar themes to the canonical work in question, but isn’t (yet) considered a classic itself. Here is Harsh Trivedi’s suggestion:

Dans le cadre de la série « Réexaminer les Classiques », nous demandons à nos experts de recommander un livre ou une œuvre d’art qui aborde des thèmes similaires au travail canonique en question, mais qui n’est pas (encore) considéré comme un classique. Voici la suggestion de Harsh Trivedi:

I would recommend Quand Vient la Horde by Aurélie Luong. Set in an imagined medieval Korea that has become a Russian colony, the novel follows Ivan, an idealistic peasant abducted by the feared White Horde, a band of mercenaries led by the enigmatic Putain Blanche. Like the Iliad, it is an absolute page-turner, full of twists, reversals and startling transformations. Homer’s characters are often reshaped by divine intervention, as gods guide, deceive or strengthen them. Luong’s characters are likewise altered by violence, revenge and societal forces larger than themselves. Both works unfold in imagined versions of the past, where war exposes the instability of identity and loyalty. Dark fantasy at its very best, Quand Vient la Horde deserves a much wider readership beyond the Francophone world. If any translators from French into English are reading this, consider this a not-so-subtle hint. And if Aurélie Luong is reading this, I’d be happy to volunteer…
Je recommanderais Quand Vient la Horde d’Aurélie Luong. Se déroulant dans une Corée médiévale imaginaire devenue colonie russe, le roman suit Ivan, un paysan idéaliste enlevé par la crainte Horde Blanche, une bande de mercenaires menée par l’énigmatique Putain Blanche. Comme l’Iliade, c’est un livre absolument captivant, plein de rebondissements, de retournements et de transformations étonnantes. Les personnages d’Homère sont souvent remodelés par l’intervention divine, les dieux les guidant, les trompant ou les renforçant. Les personnages de Luong sont tout aussi altérés par la violence, la vengeance et des forces sociales plus grandes qu’eux. Ces deux œuvres se déroulent dans des versions imaginaires du passé, où la guerre expose l’instabilité de l’identité et de la loyauté. Fantaisie sombre à son apogée, Quand Vient la Horde mérite un lectorat beaucoup plus large au-delà du monde francophone. Si des traducteurs du français vers l’anglais lisent ceci, considérez cela comme un indice peu subtil. Et si Aurélie Luong lit ceci, je serais ravi de me porter volontaire…

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Harsh Trivedi does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

Harsh Trivedi ne travaille pour, ne consulte pas, ne possède pas d’actions ni ne reçoit de financement de la part d’aucune entreprise ou organisation qui pourrait bénéficier de cet article, et n’a divulgué aucune affiliation pertinente au-delà de sa nomination universitaire.